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À la rencontre des chrétiens du bout du monde   03/09/2012

Pendant un an, Charles Guilhamon et Gabriel de Lépinau sont partis à la rencontre de petites communautés chrétiennes isolées. Un tour du monde à vélo qui les a conduits du Tibet au Brésil, en passant par le Sénégal et la Thaïlande. Ils racontent leur incroyable aventure dans un livre à paraître le 5 septembre.

Ils sont une petite dizaine. Le dos plié, ils avalent la montagne sans mot dire sur des sentiers caillouteux. Parfois, un son s'échappe de leur bouche comme une prière qui monte vers le ciel. Une litanie qu'ils reprennent en chœur comme on reprend son souffle. Autour d'eux, des paysages grandioses. En contrebas, des rizières à perte de vue, quelques plantations de thé et des champs de millet. Des cascades. Une nature luxuriante. Plus loin encore, des sommets enneigés se perdent dans les nuages. Ces hommes, ces femmes et ces enfants marchent depuis le lever du soleil. Comme tous les dimanches. Ce sont des paysans lepchas. Des Indiens.
Avec leurs pommettes écrasées, leurs bras vigoureux, leur poitrine large, leurs yeux bridés et leur peau cuivrée, ils font partie des nombreux peuples de l'Himalaya. Comme tous les dimanches, ils abandonnent leurs cultures, laissant à quelques âmes le soin de s'occuper de leur bétail. Ils quittent leur hameau perdu dans la jungle, s'engouffrent dans la brume pour rejoindre dans la vallée le village de Guit Dubling. Après quatre heures de marche en forme de trek, ces chrétiens du bout du monde assisteront à la messe.
En quittant la France quatre mois plus tôt avec pour désir de vivre pendant un an auprès de communautés chrétiennes isolées du monde, Charles Guilhamon et Gabriel de Lépinau ne pouvaient imaginer meilleur terrain d'observation pour tenter de voir comment, à des milliers de kilomètres de Rome, des catholiques pouvaient vivre leur foi. Et avec quelle intensité!
Christianisées presque accidentellement à la fin du XIXe siècle par des missionnaires français qui s'étaient installés dans ces montagnes dans l'espoir de pénétrer au Tibet par l'Inde, après avoir échoué à le faire par la Chine, ces familles lepchas n'en continuent pas moins, malgré leur isolement, à vivre au rythme de leur foi.

Les missionnaires passent en secret pour donner les sacrements

Ici, comme le décrit Charles Guilhamon, dans son étonnant récit de voyage *, les gens ne saluent pas d'un «bonjour», ou d'un «comment ça va», mais d'un enthousiaste «Jesu barai!», qui signifie «Louez le Seigneur». Dans chaque maison de cette vallée indienne, de la plus imposante à la plus rustique des cabanes, un oratoire, une statue totalement kitsch de la Vierge. Peu de prêtres, mais comme l'écrit Charles Guilhamon, «un peuple de prière».

Le kitsch cher aux Indiens n'épargne pas la statuaire chrétienne, mais sans nuire à la ferveur.
C'est un autre visage de l'Église qui se dévoile, presque par effraction, à Charles Guilhamon et Gabriel de Lépinau lorsqu'ils s'aventurent en Chine. Dans le carnet de route de ses aventures nomades, Charles joue d'approximations géographiques pour préserver la vie des chrétiens de la vallée de la Salouen. Il se garde de préciser le nom des villes où se tiennent les rassemblements des fidèles. Les chrétiens n'ont plus guère de patronyme. Seulement des syllabes. Menacés par les autorités chinoises, quand ils ne sont pas persécutés, ils vivent encore clandestinement leur foi pour rester fidèles à l'Eglise de Rome. Certains ont connu les camps de rééducation, la prison. D'autres ont pris la fuite, connu l'exode, le plus souvent à pied, par les montagnes, pour tenter de gagner l'Inde, chemin de croix parfois illusoire vers la liberté. Plus nombreux encore sont ceux qui ont fait le choix de l'Eglise officielle, sous la coupe du régime. Mais subsiste encore une Eglise des catacombes, des caves et des rassemblements interdits. C'est aux côtés de cette communauté silencieuse, officieuse, dans une Chine où «l'Eglise a une tête et deux corps», qu'ils passent Noël. Pendant toute la veillée, ils attendent un prêtre qui ne viendra pas. Ici, depuis cinquante ans, les chrétiens vivent sans prélat. A deux ou trois rares occasions pendant l'année, ils reçoivent les sacrements quand vient à passer, dans le plus grand secret, un missionnaire. Ils ont pourtant des séminaristes qui, pour certains, ont achevé depuis des années leurs études.

Il arrive aussi qu'un prêtre soit présent, mais sans plus aucun fidèle

Mais ceux-ci préfèrent attendre de pouvoir être ordonnés par un évêque reconnu par Rome plutôt que de souffrir d'être en désunion avec l'Église universelle en étant ordonné par un évêque désigné par le gouvernement chinois.

En Thaïlande, chez les Karens, évangélisés il y a quarante ans à peine.
Église des confins et des nuages, Église souterraine, sans prêtre et pourtant étonnamment fidèle à Rome, Église souffrante, persécutée, Charles et Gabriel sont allés à la découverte de ces multiples visages de la chrétienté. En Amazonie en pirogue, à pied avec les Karens, ou encore, comme le plus souvent, à vélo, ils ont parcouru 11.000 kilomètres pour vivre avec ces communautés oubliées quand elles ne sont pas inexistantes ou agonisantes.

Au Sénégal (5% de chrétiens), dans le village de Pandiénou où l'on fêtait ce jour-là la journée mondiale du sacerdoce.Crédits photo : Abbé Mathieu DEVRED
Comme en Mauritanie, par exemple. Accueillis par le père Bernard Pelletier, présent depuis plus de quarante ans dans le pays, ils assistent à la messe dans une église qui ne compte plus aucun fidèle. Avant l'indépendance et le départ de l'armée française, l'église de Rosso était comble tous les dimanches. Aujourd'hui, il n'y a plus que le père Bernard, trois religieuses et les étrangers de passage pour que résonnent encore des louanges dans la nef de cette chapelle. Une église sans fidèle, un prêtre missionnaire dans l'incapacité d'évangéliser sous peine de craindre l'expulsion. Réduit à être, à défaut de faire. L'islam a triomphé. Seule petite victoire, l'église de Rosso a conservé sur son clocher une croix apparente, cas unique en Mauritanie.

Dimanche des Rameaux en Amazonie. L'une des rares occasions où les communautés catholiques, très dispersées et clairsemées, peuvent se réunir en procession.Crédits photo : Abbé Mathieu DEVRED
Après le départ de Paris, leur première destination avait été, au bout de deux mois sur les routes, le village de Tal Arboush, dans la Djézireh, à l'est de la Syrie. Charles se souvient encore du regard rêveur de Charbel. Il savourait un narguilé assis dans son jardin. Sa coupe de cheveux et sa stature lui donnaient des airs de James Dean. A un détail près: un immense tatouage de la Vierge Marie haut en couleur occupait tout son avant-bras et faisait écho à un dessin de la croix gravé sur son biceps. Il était le troisième fils de l'une des quarante familles catholiques peuplant le village de Tal Arboush, seul village catholique sur des dizaines de kilomètres. Ils parlaient l'araméen comme les premiers chrétiens. Depuis six mois, Tal Arboush ne répond plus. Charles n'a plus de nouvelles de Charbel. Les derniers chrétiens.
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