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L'avenir incertain des chrétiens de Syrie   03/09/2012

Orthodoxes ou catholiques, ils composent entre 6 et 10 % de la population du pays. Certains font partie du bloc silencieux qui refuse d'intervenir dans le conflit, d'autres on rejoint l'armée syrienne libre. Mais tous craignent d'être victimes d'une répression quand le régime d'Assad tombera.

«La situation des chrétiens de Syrie est un paradoxe, explique par téléphone Mgr Yohanna Ibrahim, métropolite syriaque orthodoxe d'Alep. Notre histoire est celle d'une constante adaptation à des situations dangereuses, sur lesquelles nous n'avons aucun pouvoir... Le poids des chrétiens de Syrie est si faible que nous subissons depuis des siècles la loi du plus fort. Les révolutions ne sont jamais à notre avantage! À chaque changement de régime, nous perdons tout ce que la génération précédente a construit. Il faut se mettre à notre place. Nos enfants ne supportent plus ces compromissions, même si notre rôle est de rester en Orient. J'ai conscience que l'avenir s'assombrit chaque jour un peu plus... Les combats d'aujourd'hui rajoutent à la haine et au désir de vengeance...»

Il y a de l'amertume dans les propos de ce prélat oriental. Sa langue maternelle est l'araméen, un dialecte aussi ancien que l'argile dans lequel a été moulée l'histoire de la Mésopotamie. Depuis les fenêtres de son évêché, il entend le ballet des hélicoptères et des avions de chasse. Des rafales sporadiques et le coup sec des snipers. Alep se recouvre le soir d'un voile de poudre et de sang. Des hommes montent la garde devant le bâtiment. On ne sait jamais. Les combats se rapprochent. Le quartier chrétien de Jdéïdé a été pour la première fois le théâtre d'opérations militaires.

Les débordements sont possibles

Malgré les déclarations rassurantes des chefs de l'Armée syrienne libre vis-à-vis des chrétiens, les débordements sont possibles. «Nous craignons le pillage des maisons et l'attentat qui mettra le feu aux poudres», explique Georges, un chrétien melchite qui vient de quitter Alep pour Beyrouth, où sa famille vit déjà depuis deux mois. Même si ses proches et lui ne sont pas vraiment dans le besoin, Georges s'étend longuement sur ces familles pauvres d'Hama et d'Homs qui ont été obligées de partir au milieu de la bataille: «Comme beaucoup de Syriens, nous comptons les obus. L'attentisme n'est pas une solution de facilité ou une traîtrise comme j'ai pu le lire dans les médias occidentaux, mais la triste réalité... Que voulez-vous que nous fassions? Que je prenne à mon tour les armes? Contre qui? Dois-je envoyer mes fils tirer sur les soldats de l'armée nationale? Une armée de conscription? Dois-je enfin cautionner une révolte organisée par des gens qui nous détestent?» Autant de questions qui résument l'ambiguïté de ce conflit, comme les positions du clergé qui oscillent entre un soutien clair au régime et un silence de prudence: «Il est clair, continue Georges, que tous savent ce qui se passe réellement, personne n'est dupe des mensonges de la propagande officielle. Nous avons appris à nous taire. Personne ne peut le comprendre, surtout ceux qui n'ont jamais vécu sous une dictature. Il est dangereux de laisser croire que les chrétiens sont proches du parti Baas... Nous aussi, nous avons nos martyrs, nos torturés et nos bannis...» La caricature est facile.

«Le clergé s'est montré dans l'ensemble loyaliste», confirme à son tour Frédéric Pichon, historien et spécialiste des chrétiens de Syrie. «Certains responsables sont franchement pro-régime, mais on doit toujours se garder de juger de l'extérieur. Ces positions correspondent à une attitude traditionnelle qui est celle d'une minorité très sensible historiquement à l'insécurité qui caractérise son existence en terre d'Islam: les chrétiens de Damas, j'ai pu le vérifier, ont encore la mémoire des massacres de 1860. Pour autant, tous, y compris la hiérarchie, vous avouent que des réformes étaient nécessaires, que la corruption régnait, mais refusent la violence. Certains même que je savais plutôt hostiles à la dictature m'ont dit leur écoeurement, haïssant cette révolution qui les pousse dans les bras du régime...» La rengaine est connue depuis la médiatisation des rares ministres chrétiens de Saddam Hussein en Irak, mais en Syrie aussi: les chrétiens sont devenus pour l'opinion publique les enfants chéris du régime! Et pourtant, ceux qui ont voyagé en Syrie ces dernières années ont pu constater que la réalité était loin d'être ce tableau idyllique. Si le régime syrien a fait de la cohabitation pacifique des communautés religieuses un slogan de propagande, il l'a vidé de sa substance. L'angoisse n'est pas seulement syrienne. Elle est régionale. Le traumatisme de la situation irakienne reste dans toutes les mémoires.

La radicalisation du discours de part et d'autre est à craindre

Tous se souviennent des attentats, des enlèvements et des massacres visant précisément la communauté chrétienne. Depuis 2003, la Syrie a absorbé près de 2 millions de réfugiés irakiens - appartenant à toutes les confessions - chacun avec son propre drame. Autant de raisons, pour les Syriens, de craindre une telle évolution. «La situation irakienne a été un véritable cas d'école pour les chrétiens de Syrie qui ont vu affluer près de 200.000 chrétiens d'Irak. Ces derniers sont dans une situation ubuesque puisque condamnés à retourner dans le pays qu'ils avaient fui!» confirme Frédéric Pichon. La tentation de l'exil se fait à nouveau sentir pour des milliers de familles. Cette fois-ci, direction la montagne libanaise, le vieux pays chrétien où l'on se sent en sécurité. Les plus chanceux y ont déjà un parent pour les accueillir, les autres bénéficient de l'aide des Églises locales. Le patriarcat syriaque catholique de Beyrouth accueille ainsi plusieurs familles. Dans ce genre de situation, ceux qui ont les moyens sont déjà partis. Seuls les plus pauvres restent, ceux des régions déshéritées du Nord-Est syrien, par exemple, la zone kurde de Qamishli et Hassaké. La sociologie des chrétiens de Syrie n'est pas homogène, d'où la complexité de décrire un comportement politique que l'on voudrait uniforme. Les orthodoxes sont majoritaires, mais il faut aussi compter sur des maronites, des grecs-catholiques, des Arméniens, et nombre d'Églises de tradition syriaque rattachées ou pas à Rome. Les chrétiens sont les seuls, contrairement aux Druzes, aux Alaouites ou aux Kurdes, à ne pas disposer d'un «réduit» territorial.

«Je ne pense pas qu'il y ait un programme spécifiquement antichrétien porté par l'opposition: le conflit porte essentiellement sur la rivalité sunnites-chiites. En revanche, les vieux réflexes qui sont ceux des situations d'après-guerre civile, avec leurs lots de règlements de comptes, de jalousies et d'anarchie risquent de toucher les chrétiens et les Alaouites. Il est troublant de voir que Laurent Fabius a tenté d'obtenir des oulémas d'al-Azhar des fatwas pour protéger les minorités en Syrie: ce qui prouve que les chancelleries occidentales s'attendent au pire», continue Frédéric Pichon. Sur la question d'éventuelles persécutions antichrétiennes, il faut être très prudent. Mgr Yohanna ne mentionne pour le moment aucun fait particulier pouvant aller dans ce sens, sinon à Qusayr, une vendetta entre familles qui a entraîné l'élimination de la plupart des individus mâles d'un clan chrétien qui avait, semble-t-il, coopéré avec l'armée contre les rebelles. «Cela ne justifie en aucun cas une telle escalade de violence, continue Frédéric Pichon, mais disons que la question confessionnelle passe au second plan. Gardons-nous des réflexes primaires. La radicalisation du discours de part et d'autre est à craindre, voulant faire de ce conflit une guerre de religion. Les groupes djihadistes et l'idéologie islamiste qui imprègnent la «révolution» en Syrie sont formatés par leurs bailleurs de fonds, les monarchies pétrolières du Golfe dont l'islam fondamentaliste est bien éloigné des traditions pacifiques de coexistence avec les chrétiens que porte l'islam tel que pratiqué en Syrie depuis des siècles.»

En Syrie et en Europe, plusieurs chrétiens ont rejoint les rangs du CNS, le Conseil national syrien, au nombre de sept membres officiels, dont un siégeant au sein du bureau exécutif, Abdelahad Astepho, que l'on voit souvent à la télévision aux côtés du président du CNS. «Ils oeuvrent pour la reconnaissance des droits des chrétiens de Syrie, m'explique Naher, un jeune militant chrétien des droits de l'homme résidant à Bruxelles. Nous ne sommes pas dupes, nous savons que nous manifestons à côté d'islamistes patentés. Un jour, ceux qui nous rejettent parmi le clergé seront bien contents lorsque le régime sera tombé de voir qu'il y a eu des chrétiens pour appuyer le changement...» Un message d'espoir, donc, une sorte d'assurance-vie pour ce jeune homme qui parle de retour au pays, de vivre en Syrie ou au Liban après les «événements» afin de retrouver «l'odeur de ses racines».

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