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Afin que l’Eglise libanaise devienne la voix de ceux que l’on n’entend pas…   21/01/2013

Est-il normal de rester coincer 4 heures sur la route de Dahr el Baidar ? Est-il normal de payer l’électricité plusieurs fois ? Est-il normal de craindre pour sa sécurité à chaque fois que l’on prend sa voiture ? Le Pape est venu au Liban il y a trois mois, a empli nos cœurs d’espoir, avant de repartir, mais en quoi notre pays a-t-il changé depuis ?

 

Différents constats apparaissent aujourd’hui pour qui veut analyser la situation politique et sociale générale libanaise avec quelque distance.

 

Le premier constat – peut-être le plus flagrant – tient à l’incapacité à traiter des véritables problèmes, et ceci même lorsqu’il s’agit des questions les plus consensuelles. Lorsque – après de multiples discussions et tergiversations - des lois sont finalement édictées (la mise en place de radar pour lutter contre la vitesse excessive ou l’interdiction de fumer dans les lieux publics) ces lois passent bien vite à la trappe, avant d’être finalement oubliées faute de discipline, de sérieux ou de volonté politique réelle.

 

Pourquoi tant d’amnésie ? Pourquoi tant de laisser-aller et de paralysie au sein de la classe politique, et plus largement au sein d’une société libanaise qui ne parvient même plus à exiger de ses représentants les avancées les plus basiques?

 

Pourquoi les citoyens libanais doivent-ils mendier et se livrer à toutes sortes de courbettes et d’acrobaties pour voir leur droit les plus primaires respectés : celui d’être entendu et celui de voir leurs problèmes véritablement pris en considération?

 

Plusieurs raisons tiennent à cela. L’une des raisons premières tient à l’incapacité à faire répondre de leurs actes les représentants et les agents de la fonction publique. Le souvenir de la guerre et des difficultés traversées sont en effet si vivaces dans la mémoire collective des Libanais que la seule demande véritable émanant de ces derniers tend à concerner la paix civile et la sécurité.

 

Ainsi, alors que le monde arabe tout entier est traversé des spasmes convulsifs du changement social, les citoyens libanais semblent totalement anesthésiés, sous l’effet dissuasif du puissant fantôme de l’instabilité et des troubles passés, instrumentalisés avec brio par les maitre-chanteurs de la classe politique locale (qui jouent avec talent depuis plusieurs années sur la crainte perpétuelle de la fitna).

 

Les conséquences de cette situation se manifestent dans une passivité, une résignation et un fatalisme, qui – facilités par la division confessionnelle du pays – empêchent tout processus d’amélioration politique et sociale et ceci malgré toutes les vexations quotidiennes endurées par les citoyens libanais dont la patience semble désormais sans limite.

 

Ainsi, alors que le monde entier ; du Brésil à l’extrême-orient chinois en passant par l’Afrique dont la croissance économique récente surprend les observateurs les plus avertis, est traversé par un véritable volontarisme et une prise de conscience qui conduit immanquablement à plus de modernité, davantage de progrès économiques suivis d’avancées sociales, qui elles-mêmes provoquent plus de transparence, une meilleure gouvernance, moins de corruption et davantage de respect des citoyens ; le Liban quant à lui reste empêtré dans un sombre marasme qui semble totalement figé et sans aucune perspective d’issue. Le pays du Cèdre continue ainsi de se ranger dans le tristement célèbre classement des pays les plus corrompus du monde.

 

Alors que nous brillons à l’étranger, que nous manions avec aisance plusieurs langues, et que notre intelligence est saluée par beaucoup, pourquoi sommes-nous condamnés à tant de misère dans notre propre pays ?

 

Les raisons de cette situation sont nombreuses, et difficiles à traiter dans un article, si long soit-il. Nous pouvons néanmoins tenter de nous focaliser sur une question plus spécifique à partir de laquelle nous pouvons tenter de définir les contours d’une solution partielle à cette paralysie libanaise généralisée. Cette question que nous pouvons aborder ici est avant tout celle du leadership (et de son absence presque chronique dans le cas libanais).

 

Si l’on regarde en arrière, que constate-t-on ? Les récentes décennies nous ont implacablement démontré le manque de leadership au sein d’une classe politique libanaise davantage intéressée par des querelles intestines et les éléments de division plutôt que par une réelle volonté de rassembler, d’aborder et de traiter les véritables problèmes. L’autre constat irréfutable concerne le non-renouvellement et le maintien presque maladif des mêmes acteurs, des mêmes noms et des mêmes partis aux principaux postes de responsabilité.

 

Il est ainsi fort à parier que même dans le cas où un accord sur un nouveau système électoral - plus juste envers les chrétiens - était finalement entériné (proposition de la rencontre orthodoxe ou autre), il est probable que ce soit, à la suite des prochaines élections (si ces dernières ont bien lieu) très largement les mêmes acteurs, les mêmes noms et les mêmes partis qui se partageront dans l’avenir comme par le passé, le juteux gâteau des principales responsabilités libanaises.

 

Or, un constat s’impose. Si depuis plusieurs décennies ces figures nous ont conduites aux résultats que nous ne connaissons que trop bien et dont nous souffrons si largement aujourd’hui, comment pourrions-nous envisager dans l’avenir de quelconques améliorations sociales, politiques et économiques ?

 

Comment pouvons-nous envisager un progrès quelconque si ces mêmes acteurs continuent de se partager le pouvoir et les portefeuilles ministériels, surtout si ces derniers ne sont pas bousculés ni remis en question?

 

Dès lors, nous voyons bien que deux solutions s’imposent, la première concerne la nécessité d’offrir les conditions d’un renouvellement de la classe politique libanaise. Mais cette option – couronnement d’un long processus d’éducation et de sensibilisation – nécessite un changement progressif, lui-même fruit d’un meilleur système structurel et d’une longue dynamique qui restent encore à enclencher.

 

La deuxième option, peut-être plus facile à mettre en place, consiste à bousculer les responsables politiques en poste et à venir, afin que ceux-ci commencent à considérer davantage les citoyens libanais et se mettent enfin à véritablement traiter de manière effective plutôt qu’en superficie les problèmes qui nous concernent chacun. Il s’agit pour nos responsables politiques dorénavant de régler les problèmes et non plus d’avoir l’apparence de les traiter. Comment procéder pour aboutir à ce résultat?

 

Dans ce cadre, si l’on regarde la scène politique et sociale libanaise, que constate-t-on ? La religion est et reste très largement présente au sein de la vie publique libanaise comme au plan privé (mariages etc). C’est ainsi encore et toujours essentiellement par rapport à l’identité confessionnelle qu’une grande partie des Libanais continuent de se positionner. Et même quand on observe le domaine politique, c’est avant tout un système confessionnel, qui pour le pire et le meilleur, continue d’être pour ainsi dire le seul modèle d’expression politique qui tend à perdurer.

 

Point de semaine ne s’écoule sans que dans la presse ou dans le journal de 20 heures, nous entendions les dernières déclarations et commentaires du Patriarche maronite, du Mufti de la République, du chef du Conseil Supérieur Chiite ou du Cheikh Aql Druze sur tel ou tel sujet d’actualités. Par conséquent, religion et politique ont été et sont toujours intimement liés au Liban, et peut-être pourrions nous même aller jusqu’à dire qu’en dehors du religieux point de salut pour le politique.

 

Dès lors et face à cet état de fait, pourquoi ne pas opérer un changement de perspective qui consisterait désormais non plus à considérer le phénomène religieux comme un obstacle au progrès et au changement social, mais davantage comme un atout et une opportunité pour le développement du Liban?

 

Si la religion est aussi présente dans la vie sociale et quotidienne des Libanais, et si elle imprègne autant notre quotidien, comment faire pour que cette dernière - et pour que les gens pleins de bonne volonté au sein de chaque groupe religieux - puisse jouer un rôle véritablement constructif dans la responsabilisation des leaders politiques, dans le règlement des problèmes et dans l’amélioration véritable de notre quotidien à tous ?

 

En l’absence de leadership avéré, de vision réelle pour l’avenir et face à une classe politique insensible, inamovible et qui a démontré son avidité pour l’argent comme son aveuglement, les institutions religieuses ont clairement un rôle plus constructif à jouer, surtout face à la demande sourde des citoyens dont le ras-le-bol n’a d’égal que la résignation.

 

Dans un pays du Cèdre où encore aujourd’hui, des individus continuent d’être tués pour leur position ou pour leur engagement politique, il apparaît même que seules les institutions religieuses ont la capacité, la légitimité et l’influence nécessaires pour pouvoir jouer ce rôle et enclenché cette nouvelle dynamique tant attendue par les Libanais.

 

Parmi ces institutions religieuses, si nous prenons par exemple l’Eglise au sens large (naturellement maronite, mais aussi orthodoxe, grec-catholique, arménienne, syriaque et même protestante), que constate-t-on ?

 

L’Eglise est dans une large mesure une organisation structurée, avec une hiérarchie et une discipline établie et respectée. Il est de notoriété publique que l’Eglise est également l’un des plus grands propriétaires terriens au Liban (le chiffre avancé par certains est d’environ 25%). L’Eglise dispose également d’une légitimité publique, d’une écoute et d’une considération dont bien peu d’institutions peuvent se prévaloir au Liban.

 

D’autre part, et peut-être de manière plus importante encore, l’Eglise dispose en son sein de toute une série de structures qui dépendent directement ou indirectement des autorités ecclésiastiques, qu’il s’agisse par exemple des écoles, des lycées, des universités, des dispensaires, des hôpitaux…

De fait et par le biais de toutes ces structures, l’Eglise compte donc des ressources inégalées et probablement inégalables au plan libanais. Ces ressources sont naturellement économiques, mais plus importants encore, ce sont avant tout des ressources humaines dont il s’agit.

 

En effet, à travers son influence, sa présence et sa pénétration sociale qui sont le fruit de l’Histoire, sur l’ensemble du territoire libanais l’Eglise dispose directement ou indirectement d’un réservoir de plusieurs milliers d’individus : chrétiens comme musulmans, qui dépendent directement ou indirectement des services fournis par l’Eglise, ou qui sont en contact avec cette dernière (ils apprennent dans ses écoles, ils étudient et travaillent dans ses universités, ils sont employés dans ses hôpitaux ou sur ses propriétés terriennes).

 

Par ailleurs, l’Eglise libanaise est en contact avec ses fidèles. Elle est au jour des problèmes et des frustrations rencontrées par ses paroissiens, et il ne peut en être autrement pour elle puisqu’elle émane des croyants. D’autre part, à la différence des représentants politiques, du fait de la dimension morale et vocationnelle inhérente à son statut, comme elle a été à de multiples reprises par le passé, l’Eglise se doit d’être consciente des difficultés des Libanais et de la paralysie générale qui empêche le pays d’avancer.

 

Compte tenu de ses ressources sous-exploitées, de son influence unique dans la vie publique libanaise, et de la mission profonde qui est la sienne, qui de mieux que l’Eglise peut véritablement endosser ce rôle d’agent de progrès tant espéré par les Libanais par-delà leurs confessions ?

 

Si l’Eglise est partie prenante de la politique libanaise, et en l’absence de leadership digne de ce nom, pourquoi n’est-elle pas davantage impliquée politiquement au nom du bien du pays, au moins pour les questions consensuelles sur lesquelles l’ensemble des Libanais sont d’accord : à commencer par exemple par l’électricité, les routes, la sécurité ou la santé publique ?

 

Avec ces structures et ces dizaines de milliers de personnes qui sont directement ou indirectement liées à l’Eglise, et face à des représentants qui ne font que très mal leur travail, qu’est-ce qui empêche l’Eglise de bousculer un peu ces derniers, de leur demander des comptes et de les inciter à agir avec davantage de responsabilité et d’efficacité?

 

Ici encore se pose la question du comment, à laquelle je vais tenter de répondre à présent. Nous nous souvenons tous d’un exemple pas si lointain, celui de l’engagement presque solitaire du Patriarche Nasrallah Boutros Sfeir contre l’occupation syrienne du pays, engagement qui, contre vents-et-marées a fini par porter ses fruits. Nous nous souvenons tous également des multiples déclarations, et parfois mêmes des appels à manifester que l’ancien Patriarche n’a eu de cesse d’encourager, par-delà les dangers, les risques et la pression que le régime syrien maintenait sur le Liban.

 

Si nous nous souvenons tous aisément de cet engagement salutaire et aujourd’hui salué, pourquoi ne nous souvenons-nous pas que ce même type de mobilisation et d’effort pourraient être enclenchés aujourd’hui dans une perspective locale, autour d’objectifs domestiques aussi centraux et aussi cruciaux que le bien-être des Libanais ?

 

Ainsi par exemple, si à l’image de son prédécesseur, le Patriarche Raï faisait siennes les quelques propositions énoncées dans cet article et décidait de lancer un appel à la population libanaise pour manifester par exemple au nom d’un bien aussi basique que l’électricité, quelles pourraient en être les conséquences ?

 

Si par exemple, le Patriarche Raï appelait l’ensemble des institutions et des structures (écoles, lycées, hôpitaux et universités) à faire grève, à descendre en masse dans la rue et à manifester pour inciter les autorités ainsi que le gouvernement à créer les conditions nécessaires pour un accès plus facile, plus juste et plus économique à ce droit qu’est l’électricité, est-ce que son action serait contestée ?

 

Il est fort à parier que ce type d’engagement, au lieu d’être critiqué, serait au contraire salué, non seulement par les chrétiens, mais aussi par l’ensemble de la population libanaise. Plutôt qu’une institution parfois décrite non sans cynisme, comme lointaine, insensible à ses fidèles et davantage intéressée par l’argent de ses croyants que par ses croyants, l’Eglise libanaise - si elle entreprenait ce type d’action - n’en apparaîtrait que plus proche des citoyens et y aurait par conséquent tout à gagner.

 

Par ailleurs, si le Patriarche entreprenait ce type d’action dans une logique de concertation, avec les autres sensibilités chrétiennes (orthodoxe, grec catholique, arménienne, syriaque et protestante qui partagent la même frustration), cette action n’en aurait que plus d’ampleur. Plus encore, si le Patriarche maronite choisissait de rassembler et d’ouvrir encore davantage cette mobilisation, en se coordonnant par exemple avec Dar el Fatwa, le Conseil Supérieur Chiite et les autorités druzes, son message n’en aurait que plus de portée, d’autant plus que cette frustration et ce constat d’impuissance est dans une large mesure partagée par nos frères musulmans.

 

Ainsi, avec davantage de franc-parler, moins de courbatures, davantage d’exigence et davantage de sérieux, auxquels s’ajouteraient une logique de suivi et de maintien de la pression sur les autorités politiques, ces revendications – les plus légitimes du monde - finiraient immanquablement par porter leurs fruits, mais aussi par enclencher une nouvelle dynamique dans laquelle la responsabilité, le respect des citoyens et du service public deviendraient non plus des vœux pieux mais des réalités emplies de signification.

 

La conséquence de cet engagement serait également pour le Patriarche maronite, comme pour l’ensemble des acteurs impliqués dans cette nouvelle dynamique d’entrer véritablement dans l’Histoire, comme ceux qui se sont sentis véritablement concernés par le sort des Libanais et qui ont tentés de faire changer les choses.

 

Compte tenu de la situation actuelle du Liban et du verrouillage du système, voici probablement l’une des seules voies qui pourraient contribuer à renverser la vapeur, et enfin permettre au Liban d’entrer dans la modernité… avant que le pays n’explose ou que les chrétiens continuent d’émigrer pour disparaître de la région au profit de cieux plus cléments sous lesquels ils trouveront des autorités et des responsables davantage concernés par leur bien-être, leur avenir et par la nécessité de traiter les vrais problèmes auxquels ils sont quotidiennement confrontés.

 

Regardons en Syrie, en Iraq, en Palestine, en Turquie ou même en Egypte et rappelons-nous du sort des chrétiens dans ces contrées. Essayons d’en tirer quelques leçons. Tâchons de nous souvenir aussi que l’Eglise en orient n’a de pertinence qu’en présence de citoyens chrétiens pleinement épanouis, ce qui ne peut être garanti que par des institutions politiques modernes et dignes de ce nom. Et si nous pouvons aussi nous rappeler d’une dernière chose, c’est que les citoyens chrétiens, tout comme par ailleurs leurs confrères musulmans, ne tolèreront pas éternellement un système dans lequel ils ne comptent que pour si peu.

 

Wissam Macaron (PhD)


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